Entretien avec Babacar Diop Président de la FONGS/ Action Paysanne

Jeudi 5 Octobre 2017 posté il y a 12 jours

L’AS : Les organisations paysannes des pays de la CEDEAO viennent de tenir à Thiès une rencontre de 4 jours sur les exploitations familiales. Quelles sont les grandes décisions issues de ce conclave ?

 

Babacar Diop : Nous sommes très fiers d’abriter ce séminaire sous-régional. Au niveau de la Fédération Nationales des Organisations Non Gouvernementales du Sénégal (FONGS/ Action paysanne), cela fait 12 ans que le processus de renforcement et de suivi des exploitations familiales est enclenché. Nous avons installé l’observatoire au niveau national et aujourd’hui Dieu merci, nous avons invité 7 pays du Réseau (ROPPA). Il est constitué de 13 pays et chaque pays a une expérience sur le plan du suivi des exploitations familiales agricoles. Chaque pays a mis en place un observatoire et aujourd’hui, on est très fier d’échanger et de pouvoir alimenter l’observatoire sous-régional des exploitations familiales. Ce séminaire regroupe les différents points focaux qui nous viennent des autres pays.  Chaque point focal a pu restituer ce qu’il a fait dans son pays et la somme de ces restitutions nous a permis d’aller vers des actions croisés, qui peuvent faire l’objet d’échanges. En tant que paysans, nous avons notre système endogène de suivi des exploitations, nous avons nos experts qui nous accompagnent  dans le cadre du suivi et nous pouvons aussi sortir des argumentaires qui peuvent alimenter les politiques d’une manière générale. L’autre élément fondamental est que le ROPPA en tant qu’organisation sous-régional travaille avec les institutions sous-régionales. C’est pourquoi il doit avoir des arguments pour prétendre défendre le monde rural. Les 4 jours nous ont non seulement permis de faire la restitution, partager les différentes expériences, mais nous allons terminer avec une feuille de route, qui va renforcer les dynamiques nationales. L’idée de ce renforcement vient des restitutions qui ont été critiquées de façon objective et chaque pays doit pouvoir s’alimenter de ces critiques pour améliorer son système. Et si les systèmes des différents pays sont améliorés, le système sous-régional est d’office amélioré parce que c’est un système qui est en harmonie avec tous les autres systèmes des différents pays. Cette feuille de route sera exécutée au niveau des différents pays et d’ici un temps, il sera procédé à une évaluation. Mais le suivi des exploitations familiales c’est un exercice glissant. Chaque jour que Dieu fait nous exerçons des activités agricoles et il est indéniable que si nous ne produisons pas, nous ne pourrons pas nourrir nos pays, l’Afrique de façon générale. Il nous produire davantage en quantité et en qualité. Pour atteindre cet objectif à travers la réorientation de notre système de production, il nous faut suivre la voie des exploitations familiales en collaboration avec la recherche, les services d’Etat, le conseil agricole et les différents partenaires qui ont la possibilité d’aider le monde rural dans le cadre de la production agricole de manière générale

 

Et quelles sont les grandes lignes de cette feuille de route issue des travaux de Thiès ?

 

Il s’agit d’observer les différents lignes qui se mêlent avec en priorité l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’environnement, les changements climatiques. Et chaque activité doit faire l’objet d’un suivi et d’une analyse partagés. Il s’y ajoute des recommandations qui vont permettre aux leaders d’aller faire du plaidoyer face aux politiques. Mais chaque activité doit aussi faire l’objet d’un renforcement technique pour qu’ensemble nous puissions aller vers la productivité agricole. Il ne sert à rien de produire pour simplement assurer une petite nourriture car l’importance est d’aller vers une forte productivité pour ne pas dépendre de l’extérieur. On peut confier une voiture, une maison, etc. à quelqu’un mais on ne peut pas confier son ventre à quelqu’un. Nous sommes appelés à remplir les ventres et de ce point de vue, il nous produire en quantité et en qualité. Maintenant ces dispositions vont nous permettre d’orienter nos systèmes de production, de les évaluer de concert avec nos scientifiques, les services d’Etat, les partenaires techniques et les conseillers agricoles

 

Dans ce processus, quel est le rôle de l’observatoire des exploitations familiales ?

 

L’observatoire va nous permettre de regrouper tous les éléments quantitatifs et qualitatifs. Il va nous permettre de dégager des perspectives pour améliorer notre système de production et à partir de ces regroupements, d’analyser les résultats. Tout ceci se fait à travers un renforcement de capacités transversal, avec les différents niveaux. Les paysans qui sont dans les zones les plus reculés ont leurs capacités d’une manière endogène, de jouer leur partition dans le cadre de la production agricole. Mais il faut les accompagner, les suivre, les évaluer, renforcer leurs capacités pour qu’ils soient capables de jouer leur rôle dans le cadre de la production agro sylvo pastorale de manière générale

 

Peut-on maintenant dire que les exploitations familiales jouissent de toute leur légitimité

 

Personne ne peut contrecarrer les actions des exploitations familiales au Sénégal, en Afrique et même au niveau international. Les exploitations familiales ont une dynamique historique de production. Elles ont une caution de système solidaire d’entraide. Il s’y ajoute la possibilité de mettre toute la famille autour d’une organisation. Elles disposent de potentialités économiques qui peuvent les aider à mener leurs activités. A la place de mille exploitations, on ne voit que quatre agro business qui ont la possibilité d’avoir peut-être 200 hectares par agro business soit 800 ha alors que pour mille exploitations familiales, la possibilité est de 2 ha chacune soit au total 2000 ha. Notre option est d’aller vers une portion de superficie qui sera adaptée avec l’exploitation et d’avoir au moins une moyenne de superficie de 5 ha par exploitation. L’autre aspect est que ce sont les exploitations familles qui ont les capacités de diversifier les activités agricoles. Une exploitation peut faire de l’arachide, du mil, du niébé, du maïs, de la transformation, de l’élevage, du commerce et nous allons tourner autour des activités agricoles et non agricoles. Toutes les exploitations qui ont la possibilité de diversifier les activités ont la possibilité de nourrir pendant toute l’année, de vendre leur surplus pour faire nourrir d’autres personnes, d’avoir des devises pour renforcer leur dynamique de bien-être et avoir de bons logements, porter de bons habits, avoir la santé, éduquer les enfants. Nous avons aussi des exploitations qui ont une disposition moyenne, mais notre travail est de renforcer cette disposition pour les pousser à atteindre la bonne disposition. Donc les exploitations familiales agricoles sont incontournables dans le cadre du processus de développement des différents pays africains. Et il s’agit d’exploitations qui ont la possibilité d’avoir la main d’œuvre familiale. Notre combat c’est de faire en sorte qu’elles soient supportées et encadrées. Nous sommes partants pour une cohabitation entre les exploitations familiales et l’agro business, mais sous certaines conditions

 

Quelles sont ces conditions ?

 

La première condition est que celui qui a beaucoup d’argent et qui a la possibilité d’installer une unité industrielle, peut bien venir en appoint. Ainsi dans ce schéma, les paysans peuvent produire et vendre la production à ladite unité industrielle. Ainsi cette société va s’occuper de la transformation et de ce point de vue, elle va aider les petites exploitations à produire. Pour ce cas là, nous sommes preneurs. Et dans ce cadre là, l’exemple de taille est donné par la SOCAS qui s’occupe de la tomate dans la vallée du fleuve.  Elle a ses usines de transformations, mais elle ne fait plus de l’exploitation. Les producteurs produisent, signent des contrats avec la SOCAS et qui l’alimentent afin qu’elle transforme. Toutes les usines de transformations industrielles installées dans la vallée sont dans cette dynamique. Ce que nous ne pouvons agréer, c’est que les agro business occupent le terrain de la production pour essayer de prendre tous les petits producteurs en ouvriers agricoles. Nous refusons parce que nous voulons développer nos pays à travers nos possibilités, nos dispositions, nos potentialités et nos ressources humaines. Une cohabitation est possible mais elle doit être gagnant-gagnant. Il faut que le producteur soit au centre de la disposition. Notre combat en tant que CNCR, en tant que ROPPA c’est de faire de sorte que ces exploitants familiaux soient au bout et à la chaine de nos différentes productions. Et aujourd’hui nous avons nos observatoires au niveau de nos pays, l’observatoire au niveau du ROPPA et nous avons la possibilité chaque année d’aller vers l’analyse et le suivi des exploitations pour sauter sur certaines occasions pour prétendre aller vers des perspectives beaucoup plus dynamiques et consensuelles.

 

Et après Thiès, quelle est la prochaine étape ?

 

Il appartient au bureau exécutif du ROPPA et du conseil d’administration de planifier la prochaine étape. Aujourd’hui c’est à Thiès, la prochaine fois cela peut être au Niger, au Burkina, etc. Le  choix sera en tout cas consensuel, mais notre souci c’est de visiter tous ces différents pays et de renforcer nos capacités d’échange et d’analyse de nos produits

Propos recueillis par Mbaye SAMB

                                              

 


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